Un bon incident est un incident jamais déclaré par l’utilisateur
Lorsqu’un utilisateur signale un incident, il est déjà (souvent) trop tard ! Le service a été interrompu, l’expérience dégradée, la confiance entamée.
Pourtant, dans de nombreuses DSI, la performance du support continue de se mesurer au temps de résolution (MTTR) plutôt qu’à la capacité à prévenir les interruptions. Il est nécessaire de transformer cette perspective.
Un bon incident est un incident que l’utilisateur ne voit jamais. Cela suppose une capacité accrue à détecter en amont les signaux faibles, à corréler les comportements anormaux, à automatiser les réactions immédiates. En somme, il s’agit de rendre les systèmes d’information observables (comprendre observabilité) … car mieux vaut prévenir que guérir !
Dans cet article, nous revenons sur les leviers concrets qui permettent à une équipe support de devenir proactive, en s’appuyant sur l’observabilité, l’automatisation et l’analyse post-mortem, pour améliorer durablement la qualité de service.
Détecter un incident avant l’utilisateur : changement de paradigme
Un réflexe reste ancré dans nos directions : attendre que l’utilisateur signale une anomalie pour enclencher le traitement. Pourtant, un incident qui atteint nos oreilles est déjà un échec de résilience de nos services. Nous devons transformer notre façon de faire : identifier les signes de défaillance avant qu’ils ne produisent un impact visible.
Cela implique une posture proactive et une capacité technique à rendre le système observable. L’observabilité dépasse la simple supervision. Elle repose sur la collecte continue de métriques, de traces et de logs, mais surtout sur leur corrélation. Ce n’est pas un pic de charge isolé qui importe, mais l’enchaînement anormal de plusieurs événements sur une courte période.
Mettre en place ce type d’approche demande des outils adaptés : dashboards dynamiques, alertes basées sur des seuils adaptatifs, surveillance permanente, détection d’anomalies par apprentissage statistique. Mais sans équipe formée pour interpréter et affiner les signaux, ces outils sont inutiles.
Détecter avant l’utilisateur, c’est reconnaître que la valeur du support ne se limite pas à “réparer vite”, mais à préserver l’expérience utilisateur. Cela devient un levier de maturité pour toute la DSI.
Réagir avant l’impact : automatiser les réponses courantes
Détecter une anomalie avant qu’elle ne touche l’utilisateur n’a de valeur que si l’équipe peut agir immédiatement.
L’automatisation devient alors un allié essentiel du support. Elle permet de réduire ce temps critique et, dans certains cas, de rétablir le service sans intervention humaine.
Les scénarios sont nombreux : redémarrage automatique d’un service bloqué, nettoyage de fichiers temporaires saturant un disque, bascule vers une ressource de secours, ou encore désactivation d’un processus défaillant avant propagation. Ces actions peuvent être déclenchées à partir d’alertes et de seuils prédéfinis, selon la nature de l’incident.
Mais l’automatisation ne se définit évidemment pas au hasard.
Elle nécessite un travail de préparation entre les équipes de support, d’exploitation et d’architecture pour identifier les cas récurrents, sécuriser les scripts et documenter les règles d’exécution.
L’enjeu n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui permettre d’intervenir là où la valeur ajoutée est réelle : l’analyse, la prévention, l’amélioration continue. C’est ainsi que le support devient à la fois plus rapide et plus fiable, tout en réduisant la charge opérationnelle.
Gestion des problèmes : analyser après-coup pour corriger en profondeur
Un incident, même invisible pour l’utilisateur, doit laisser une trace.
La tentation est forte de considérer qu’un incident auto-résolu ou contenu n’a pas besoin d’analyse. C’est pourtant dans ces signaux faibles que se trouvent les meilleures opportunités d’amélioration.
Chaque incident, qu’il ait eu ou non un impact utilisateur, doit alimenter une boucle d’apprentissage. Les journaux d’événements, les métriques de performance et les traces d’exécution permettent de reconstituer le processus ayant mené à la défaillance. Ces analyses post-incident mettront généralement en évidence des causes racines : un paramétrage instable, une dépendance sous-estimée, une saturation récurrente.
La gestion des problèmes, souvent sous-exploitée, joue ici un rôle clé. Documenter, capitaliser et corriger à la source évite la répétition. L’objectif n’est plus de réduire le volume d’incidents déclarés, mais de diminuer leur probabilité d’apparition.
Corriger en profondeur, c’est passer d’un support réactif à un support apprenant et prévenant.
Mesurer les indicateurs qui ont du sens pour le client
Les tableaux de bord du support restent souvent centrés sur la réactivité : temps moyen de résolution, volume d’incidents clôturés, respect des SLA. Ces indicateurs traduisent une logique d’intervention, pas de prévention. Pour piloter une démarche d’observabilité et d’automatisation, il faut faire évoluer la mesure de la performance.
Les bons indicateurs sont ceux qui rendent visible l’invisible : le pourcentage d’incidents détectés avant déclaration utilisateur, le taux d’incidents auto-résolus, la baisse de récurrence sur une période donnée, ou encore le délai moyen entre détection et action corrective. Ces métriques valorisent la vigilance et la maturité technique du support.
Mesurer autrement, c’est aussi reconnaître que la qualité de service ne dépend pas seulement des équipes de support mais de toute la chaîne : supervision, exploitation, développement, architecture. En intégrant ces données dans les revues de service, la DSI renforce la culture du “préventif partagé”.
Conclusion
Un bon incident est celui que personne ne voit, mais que le support comprend et corrige. Derrière cette formule se cache une transformation de fond : passer d’une logique de réaction à une culture d’observabilité, anticipation et apprentissage.
Prévenir plutôt que guérir, c’est accepter de ne plus mesurer uniquement ce qui se voit — les tickets, les délais, les volumes — mais ce qui est peu visible.
Les outils d’observabilité et d’automatisation rendent cette ambition accessible, à condition qu’ils s’appuient sur une collaboration étroite entre les équipes d’exploitation et une lecture partagée des signaux. Car derrière chaque incident évité, il y a de la méthode, de la vigilance et du discernement.
Un support mature ne se contente plus de réparer vite. Il protège silencieusement la continuité du service.

